Love, Death + Robots

Le 15 mars dernier, Netflix nous a sorti un truc de nulle part… un truc inattendu, un format étrange pour une audience différente des autres productions du service de vidéo en ligne. Il s’agit, et il n’y a pas de suspense puisque c’est indiqué en titre, de Love, Death + Robots.

Ça n’est pas un long métrage — heureusement, parce que Netflix pêche un peu dans ce domaine — ni d’une série à proprement parler. Nous avons droit en revanche à dix-huit courts-métrages essentiellement d’animation, tous extrêmement distincts : sur le message, l’atmosphère, le style artistique, l’époque, la durée également…

Bref, un projet mené par un de mes réalisateurs préférés : David Fincher — le papa de Seven et Alien 3 (le meilleur, quoi qu’en dise James Cameron), et un autre qui a aussi quelques qualités, dont celle de savoir rendre original et désinvolte un film de super héros : Tim Miller. Ces messieurs nous proposent donc un format très atypique avec des courts de sept minutes coincés entre d’autres de quatorze ou vingt minutes.

On se retrouve vite comme le jeune héros de “Fish Night”, à halluciner devant toute cette beauté pure.

C’est comme une boîte de chocolats

C’est une des premières sensations qui m’ait frappée. Chaque court-métrage est tellement unique, tellement spécifique que j’en ai ressenti une petite excitation — rien de sexuel hein — à la fin de chacun de ces films, en me demandant à quoi allait ressembler le suivant. Est-ce que cela allait être en image de synthèse complètement dingue, un truc qui me ferait revivre cette époque incroyable lorsque l’on était vachement plus indulgents et on trouvait que « Final Fantasy : les Créatures de l’esprit » était une baffe monumentale en termes de réalisme. Avec le recul, c’était (très) un bon début, mais il y avait encore un chemin gigantesque jusqu’à ce qu’on voit régulièrement de nos jours.

En plus je veux pas dire, mais maintenant ça tourne sans problème en temps réel sur une config moyenne.

Puis on est surpris par un petit film ambiance dessin animé européen, mais ultra dynamique. Ou alors un autre façon manga dans un univers qui passe de la Chine ancienne empruntée à Tigre et Dragon au steampunk en un souffle, ou encore un autre au rendu presque 2D, avec des couleurs et des contrastes incroyables. Et il y a celui-ci aussi, super bourrin, avec des fermiers dans des mechas. Sans oublier celui-là qui fait penser à un truc en stop motion avec un yaourt qui veut conquérir le monde…

 Et on accepte tout ça avec bonheur, parce que, quel que soit le style visuel, que le film soit drôle ou triste, léger ou profond, poétique ou gore et graphique, on ressent tout de même dans cette merveilleuse boîte de chocolats, un goût consistant et fondamentalement frais et original.

Mise en ambiance directe

Des morceaux de chair qui se découpent sans résistance sous les griffes acérées de monstres terrifiants, des personnages impeccablement stylisés que l’on a immédiatement envie d’aimer ou de haïr, une ambiance cyberpunk au poil, de la colère, de la tension, du sexe… un téton dans un film d’animation ! Vous vous rendez compte du truc ? Un téton dans un film d’animation ! Ce premier petit « épisode », taillé parfaitement comme il le faut, est d’une justesse folle. On sent le goût métallique du sang, cette rage de vivre et ces pulsions de désir qui font de nous des humains. Le tout dans un univers futuriste glauque, sordide et pourtant très coloré auquel on adhère instantanément.

Vas-y Sonnie, montre leur de quel bois tu te chauffes !

Et lorsque « l’épisode » se termine, on est là, comme des cons, bouche bée, à se dire : « nan, mais ça va être tout le temps aussi génial ? »

“j’étais pas prête pour ça !”

Styles visuels étranges

Puis après un second épisode amusant, utilisant habilement l’humour noir, vient le troisième court. Étrange, dérangeant. On jurerait qu’il s’agit de prise de vue réelle mélangée à une sorte de traitement d’image bizarre. Mais non, tout est en 3D. Tout est fou. Et encore une fois, ce que l’on voit est très inattendu, on n’est pas du tout habitué à ce genre de contenu sur Netflix.

Oui, le style visuel de “The Witness” est très étrange… mais c’est tellement fou.

Bon, on n’est pas dans du porno non plus — pas tout à fait —, et ça n’est pas l’adaptation cinématographique de Karine — pas encore —, mais tout de même, on se dit que ça fait du bien qu’enfin, nous, adultes, puissions avoir profiter d’un contenu pour adulte qui ne se cantonne pas uniquement à des démembrements gores ou des trucs comme ça. Le sensuel, la représentation du plaisir est aussi quelque chose que l’on a le droit d’attendre.

Je m’égare, mais en tout cas, à ce stade, on comprend que les studios qui ont travaillé sur ces courts-métrages n’avaient pas beaucoup de limites et que chaque œuvre sera traitée généreusement et avec sans doute beaucoup de passion par ses différents, et, j’imagine, nombreux artistes.

J’ai lu un truc qui faisait un rapprochement entre L,D+R et Black Mirror… Bof. Black Mirror est plutôt consistant dans son ton (à quelques exceptions) et il est parfaitement consistant dans la longueur, la construction et la technique de ses épisodes. Pour ma part, je comparerais davantage à « Paris, je t’aime » ou « New-York, I Love you » — voire, pour être plus précis encore : « Animatrix ». Mais ça ne nous rajeunit pas !

Il y a du moins bon aussi

Bien sûr, Love, Death + Robots n’est pas exempts de mauvais élèves… ou du moins, de moins bons élèves ! Mais c’est sans doute davantage lié aux sensibilités de chacun et lorsque l’on doit essayer d’harmoniser toutes ces œuvres différentes et espérer que le public sera positivement réactif à tout, on doit se dire qu’il y en aura qui diront que telle histoire est nulle, tel film est moche, que le truc sur les possibles morts d’Hitler est à la fois nul et moche — ça n’est que mon avis —, que tel épisode est trop gore, que tel autre est un peu con, etc.

Donc oui, on se retrouvera tous avec un ou deux titres pour lesquels la magie n’aura pas opéré. Pour ma part, c’était clairement les histoires alternatives et, éventuellement, s’il faut vraiment que j’en cite un second, je dirais Lucky 13. Il était absolument magnifique, mais je l’ai trouvé trop poli, trop gentil, et complètement vide. Mais bon, il était joli ! Ne dit-on pas : qu’importe l’ivresse, pourvu qu’on ait le flacon ? Non… Ah, OK !

Regardez L,D + R

Quoi qu’il en soit, si vous êtes adulte, un minimum sensible à l’art, si vous avez envie de voir des choses originales et fortes, si vous voulez soutenir un beau projet d’une richesse et d’une diversité incroyable et montrer à tonton Netflix que oui, c’est possible de faire autre chose que des longues séries lentes avec des épisodes de 45 minutes, des personnages beaucoup trop nombreux et inutiles, une intrigue qui s’étire à l’infini, une photographie beaucoup trop parfaite, un rythme suspense/humour/stress/soulagement beaucoup trop bien calibré, alors regardez Love, Death + Robots. Faites-leur comprendre que ce genre de format est une excellente idée et qu’il faut à tout prix en faire davantage sur d’autres thèmes, d’autres émotions, d’autres couleurs. Pas forcément que du contenu violent et/ou sexuel, mais de la créativité ! Par pitié, de la créativité !

Love, Death + Robots, c’est vraiment top !

Même s’ils ne passeront jamais sur cette page — et quand bien même, puisqu’ils ne comprennent sans doute pas le français, ça ne serait pas plus utile —, merci à ceux qui ont porté ce projet incroyable. Merci d’être allés jusqu’au bout et de nous avoir offert ce petit sac de pierres précieuses. Je me sens à peine digne d’avoir eu le droit d’en profiter, mais je vais de ce pas me les visionner une fois de plus.

Oui, Zima, c’est somptueux.
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