Ma Technique d’écriture

Tiens, un article encore un peu différent… déjà que j’ai pas vraiment de lecteur sur ce blog, si en plus je n’ai pas une « ligne éditoriale » nette, ça va vraiment être compliqué.

Mais bon, on s’en branle ! Pas de lecteurs c’est cool aussi, ça veut justement dire que je peux écrire — plus ou moins — ce que je souhaite. Et profitons de l’occasion pour vous partager ce que je considère être ma technique d’écriture.

En quoi suis-je légitime pour parler de « technique » ?

Commençons par une évidence : le même article écrit par Guillaume Musso aurait beaucoup plus de poids. On ne va pas se mentir, un gars qui enchaîne seize bouquins en seize ans, il a sans doute plus d’astuces à communiquer que moi !

Mais tout de même, ces quatre dernières années j’ai pondu trois romans et un recueil de nouvelles. Tout n’est pas encore publié à ce jour, soit… mais patience, patience ! Ça va venir.

Ouais, moi aussi j’ai hâte !

Et je n’ai pas tout écrit dans les mêmes conditions d’ailleurs. Certains ont été conçus sur un an, d’autres ont été beaucoup plus rapides et il y a ce bouquin de science-fiction que je suis sur le point de commencer ENFIN et qui me trotte en tête depuis 2016…

Donc, qu’est-ce qui marche ? Qu’est-ce qui s’est avéré payant et quelles ont été les erreurs que j’ai commises et qui m’ont fait perdre bêtement beaucoup de temps et d’énergie ? Je pense que même si je n’ai pu tester ces formules que sur moi-même, elles doivent assez bien fonctionner avec tout le monde. OK, nous sommes tous différents, mais personne ne construit une maison en commençant par les tuiles, n’est-ce pas ? Et bien c’est pareil, il y a une bonne façon de commencer à raconter une histoire…

Connaître par cœur ce que l’on invente

Tiens, je vais faire une petite parenthèse… lorsque j’étais au collège puis au lycée — ça ne date pas d’avant-hier —, et qu’il me fallait faire une rédaction, une synthèse de texte ou je ne sais pas quel travail de type : « écris un pavé d’au-moins X lignes pour exprimer un truc », je regardais les bons élèves perdre du temps avec leurs feuilles de brouillon, puis reperdre du temps à recopier tout une fois qu’ils étaient sûrs de ce qu’ils voulaient raconter. Les cons !

Tandis que moi, le stylo plume pressé sur la copie finale, je ne me posais pas trop de questions et je me lançais vaillamment sans filet dans ma démonstration d’acrobaties littéraires. Eh bien, devinez quoi ? C’était moi le con ! Parce que des phrases comme la précédente, avec une jolie métaphore placée de façon élégante, et ben ça ne tombe pas comme ça, au hasard de la première écriture.

Alors bien entendu, que l’on ne rédige pas un livre d’une traite ! Bien sûr qu’on relit ce qu’on a gribouillé, on repasse dessus plusieurs fois et on affine tout ça. Oui, mais ça va plus loin en fait.

Pour mon premier roman : « Karine, infiltrée » — qui ressort fin août/début septembre chez Évidence Éditions ! J’avais commencé à imaginer un peu mon truc, et au fur et à mesure que je tissais mon scénario, je l’écrivais aussitôt. Donc lorsque j’étais en train de décrire une partouze torride à Dubaï ou un assaut spectaculaire dans un garage en Angleterre, je n’avais peut-être que quatre ou cinq chapitres d’avance en tête et toujours pas la fin de l’histoire. Tout au plus, je m’assurais de maîtriser le rythme en faisant attention à enchaîner sans trop de déséquilibre les chapitres avec des scènes sexuelles explicites, ceux axés intrigue/politique et ceux beaucoup plus typés « action ».

Mais ça reste problématique parce que c’est important de savoir en permanence où l’on va. Donc, ne faites pas ainsi, vous perdriez toute occasion de mettre des « détails insignifiants » au fur et à mesure du récit qui pourrait être rappelés de manière subtile plus tard et offrir à votre lecteur une petite étincelle de joie pour peu qu’il se souvienne de la référence. Et ça, c’est vital.

En fin de compte, j’ai pu réintégrer des éléments de ce type dans le roman, mais cela m’a demandé beaucoup de boulot de réécriture et de jonglage pour essayer de ne pas dégrader l’intrigue et les situations gravitant autour de tout ça.

Pour Karine 2, j’ai beaucoup mieux bossé le truc. Je ne commençais pas un chapitre tant que je n’étais pas sûr de toutes les implications passées et à venir. Je tenais une liste de tous les personnages, les détails de leur aspect, de leur caractère, et je m’étais même dessiné une timeline indiquant que le chapitre cinq se déroule douze heures après le chapitre quatre, qui lui-même se passe huit heures après l’autre, mais qui a lieu à neuf fuseaux horaires d’écart, alors… bref, c’était critique de savoir tout cela avec précision.

Ouais, mais si ça se passe le dernier dimanche de mars… il faut prendre en compte le changement d’heure !

Pour Karine 3, je suis allé encore plus loin. Pendant un mois complet, je n’ai pas écrit une ligne du premier chapitre. J’ai réfléchi à l’intrigue de bout en bout, le plan, la structure, j’ai ajusté mes idées, peaufiné et documenté mes lieux et situations et lorsqu’enfin, tout tombait juste, et même si cela me démangeait depuis des semaines, de me lancer dans cette mystérieuse scène d’introduction, je me suis forcé à respecter cette organisation et l’écriture a été beaucoup, beaucoup plus facile et fluide.

Objectifs hebdomadaires

À ce stade, on a notre plan, on sait combien l’on va avoir de chapitres, combien de caractères fera — approximativement — chacun de ces chapitres, quels seront les moments clés et comment seront équilibrés les différents ingrédients de notre recette pour apporter le rythme que l’on recherche. Il ne reste plus qu’à prendre la plume, donc ?

Plus ou moins, oui.

Mais ça n’est pas non plus exactement aussi simple. Il faut se donner des objectifs. Le mien était : cinq chapitres par semaine, minimums. Alors j’écrivais le soir, après le boulot, à midi pendant la pause et, selon le client chez qui j’étais à l’époque, je pouvais également gratter une heure ou deux par jour sur mes textes pendant mes phases de « veille technologique ».

Certaines semaines, je montais à six, voire sept chapitres. Évidemment, selon la longueur de vos chapitres et le temps que vous pouvez consacrer chaque jour à l’écriture, il faut ajuster vos propres objectifs.

Mais grâce à ces objectifs, le livre avance à un rythme prévisible, mesurable, rassurant ! À condition d’avoir de l’inspiration…

Comment provoquer l’inspiration ?

Le truc, c’est que sans ça, même si votre plan est complet, détaillé et qu’il n’attend plus que d’être développé, votre histoire va avoir du mal à prendre forme. Il vous faut des couleurs, des goûts, de la texture, de l’âme…

Et pour ça, personnellement, je regarde un maximum de choses différentes sur Netflix, YouTube (vlogs, sketchs, bandes-annonces, conneries, documentaires sérieux), j’écoute un paquet de musiques variées, je suis un peu l’actualité — de loin —, je lis des tas d’articles sur TOUT sur Internet et je consulte régulièrement les sites de cul, bien entendu.

Celui-là ou un autre, hein !

Tout aussi important, je passe du temps avec les potes et, naturellement, en déconnant, en nous imaginant des trucs, ou lorsqu’ils me partagent des anecdotes, je capte des bribes, des détails qui amèneront de la substance et éventuellement du réalisme au récit.

Pour Karine 3, alors que j’entamais la dernière partie, et même si je savais exactement comment tout devait s’enchaîner, j’étais un peu embêté pour trouver une manière originale d’illustrer le conflit entre mon héroïne et son adversaire. Et au final, c’est la série Daredevil et sa mise en scène ultra soignée qui m’ont apporté la solution. Il faut donc être attentif à tout ce contenu culturel qui nous abreuve en permanence. Faisons-en une force lorsque l’on se doit d’être créatifs nous-mêmes.

Écriture terminée ! On balance à la maison d’édition ?

Pas tout à fait.

Aussitôt le premier jet achevé, en général, je relis entièrement — et le plus rapidement possible — le livre. Je m’assure que du début à la fin, il n’y a pas d’incohérence, de cassure de rythme, que je n’ai pas oublié des idées ou concepts importants et que je suis fier de mon travail.

Puis, je passe le tout dans Antidote. Un super logiciel — qui coûte une centaine d’euros — qui va m’aider à corriger mes quelques fautes de français et surtout mes myriades de répétitions. Alors ça, c’est long, fastidieux, fatiguant et ça donne envie d’abandonner et de retourner plutôt se « documenter » sur les sites de cul mentionnés plus haut. Mais c’est important. C’est ce qui apportera de la qualité à votre texte. Ça vous rendra meilleur aussi, vous apprendrez au fur et à mesure à mieux gérer votre ponctuation, vos participes passés, et ça enrichira votre vocabulaire — sauf pour les mots « œil » ou « main », pour lesquels il n’y a clairement pas beaucoup de synonymes.

Enfin, lorsque cette étape est finalement terminée, là vous pouvez vous détendre. Rangez votre manuscrit sur un coin de disque dur, ne repensez plus à vos personnages, votre intrigue, tout ça. Videz-vous la tête. Non, n’envoyez pas encore à la maison d’édition. Détendez-vous, j’ai dit !

Sortez votre fichier Word du four, laissez-le reposer deux bonnes semaines à température ambiante, ne le feuilletez pas, foutez-lui la paix ! Allez donc vous « documenter » si ça vous chante. Et passé ces deux semaines, imprimez votre roman ou uploadez-le sur votre lisseuse électronique, puis relisez-le, dans des conditions agréables. Sans précipitation, sans objectif, sans stress. Vous êtes votre premier lecteur. Appréciez votre travail. Bien sûr, s’il y a encore des points qui vous gênent, notez-les, mais vous corrigerez plus tard.

On n’est pas bien, là ?

Et quand vous aurez terminé cette lecture paisible, corrigé les éventuelles dernières coquilles ou maladresses, là vous pourrez envoyer le fruit de votre travail à votre maison d’édition.

Alors, c’était simple tout compte fait, non ?

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