Le drame du cinéma français

Initialement j’avais prévu d’écrire un petit article critique sur John Wick Parabellum. Ç’aurait été une critique positive, ayant apprécié les deux premiers opus, ayant bavé de plaisir devant la bande-annonce de ce troisième volet, j’avais très hâte de le voir sur grand écran et de trouver des choses intéressantes à raconter : parler de sa photographie sans failles, de son action chorégraphiée avec talent, de son univers tellement sombre et pourtant si coloré, si vif… Et effectivement, John Wick, c’est tout ça. Mais malheureusement, ce dernier épisode de l’homme qui distribue les headshots plus vite que son ombre m’a un peu déçu.

Te fâche pas Johnny ! Ç’aurait pu être pire, regarde : Taken 3 !

Action non-stop, l’histoire — ça n’a certes jamais été le point fort de la série — est vraiment nulle, et le plus terrible, c’est que le personnage de Keanu est baladé du début à la fin. Il ne prend aucune décision, il ne fait que subir ces incessantes vagues d’ennemis qui s’abattent sur lui à l’infini… c’est lassant tout compte fait.

Merci, les 25 minutes de bandes-annonces

Et plutôt que de m’attarder davantage sur cette déception, je préfère bifurquer sur un autre sujet. Avant que Parabellum commence, j’ai eu droit à la bande-annonce d’Anna, prochain long métrage de Luc Besson, au cinéma ce 21 juin. Et je me suis dit plusieurs trucs :

1/ C’est vrai que Besson aime faire des films avec des femmes fortes, mystérieuses, et dont le titre se résume au prénom du personnage principal (Lucy, Nikita, Angel-A, Jeanne d’Arc… Leon [OK, ça, c’est un homme !]).

Luc, t’as entendu parler de ce bouquin, Karine ? Ça devrait te plaire !

2/ La bande-annonce d’Anna est pour le moins mystérieuse. Et autant je ne suis pas le plus grand fan de ce réalisateur — à quelques rares exceptions près, je le trouve assez nul —, autant j’ai beaucoup aimé le début de Lucy, très Tarantino-esque dans sa caméra, son montage… puis le film a rapidement tourné à la farce. Dommage.

Mais qu’est-ce qu’ils sont susceptibles, ces Américains !

Mais Valérian, contre toute attente, m’a plu. Il était ambitieux, assez dingue, et moins kitsch que Le Cinquième Élément. Donc comme à chaque fois avec une nouvelle œuvre du bonhomme, je lui redonne du crédit et je croise les doigts pour qu’Anna soit géniale.

3/ En ce moment, le père Besson et sa boîte de production sont vachement dans le rouge et ça, c’est très mauvais pour nous.

Unlucky Luc

Alors le gars est tout de même l’objet d’enquêtes pour viol. Il y a eu des procès — classés sans suite ces derniers mois. Je me tiendrai donc de tout jugement sur les qualités humaines du bonhomme, puisque dans un sens ou dans l’autre, je ne connais pas la vérité. Par contre, on sait que professionnellement, c’est un type ambitieux. Il a voulu révolutionner le cinéma français. Le sortir de son petit format plan-plan, de ses budgets de projets scolaires, de sa pellicule grisâtre et de sa propension à négliger tout ce qui est technique, lumière, cadrage, prise de vue, pour se focaliser exclusivement sur les jeux d’acteurs.

Besson a été le seul — à ma connaissance —, à foutre un coup de pied au cul de ce système juste apte à produire des drames — bons ou pas — et des comédies — bonnes ou pas.

M’enfin ?!

Sans verser dans le patriotisme voire le chauvinisme, on parle quand même du pays qui a vu naître les frères Lumière et le génial Georges Méliès. OK, la puissance économique s’est rapidement retrouvée de l’autre côté de l’Atlantique pour tout un tas de raisons qui sont hors sujets ici. Et donc, nos amis états-uniens ont désormais la technologie, l’ambition, les moyens, les spectateurs, le réseau de distribution planétaire et des budgets complètement dingues… D’accord, on n’est pas prêts de lutter contre les Avengers.

Mais quand même. Besson a monté Europa Corp, il a produit des titres efficaces, dynamiques, insolents, lorsqu’on les compare au reste des créations françaises. Pour la plupart, on est très loin d’œuvres subtiles, fines, ou intelligentes. Il y a même du très con et du très mauvais — Taken 3 que j’évoquais en début d’article, notamment —. Mais le premier Taken était grandiose — le second n’était pas mal non plus. La saga Taxi était marrante et a marqué ma génération, le premier Transporteur aussi était bien, il y a eu quelques chouettes titres avec Jet Li et plus tard avec les Yamakasis, puis Europa Corp a pondu Colombiana qui était plutôt cool, et même quelques beaux films qui ne font pas « boom boom » : I love you Philip Morris, Les Petits Mouchoirs.

Difficile de croire qu’on est dans du Europa Corp !

Et depuis quelque temps, la réalité se rappelle à ce grand rêveur : en France, ça ne marche pas comme ça. Et c’est bien dommage.

Europa Corp en soldes

La société de production Europa Corp a donc été placée en « procédure de sauvegarde » en mai, ses actionnaires principaux ont six mois pour pérenniser les revenus de la boîte ou trouver un plan permettant de rembourser la dette — de plus de 220 millions d’euros — et de donner un nouveau cap, peut-être moins ambitieux, à la structure.

Depuis 2016, les multiplexes Europa Corp et l’immense catalogue de films ont été vendus pour tenter d’éponger cette catastrophe annoncée. Mais cela n’aura pas été suffisant.

Alors je ne pense pas qu’Arnault, Bettencourt ou Pinault vont être aussi émus par cette situation que par l’incendie de Notre-Dame, mais quelque part, cela serait bien que cette société ne disparaisse pas ou ne soit pas punie pour avoir essayé de prouver aux autres que même si on est presque cinq fois moins nombreux en France qu’aux États-Unis, que le nombre potentiel d’entrées sur le territoire est évidemment bien moindre que là-bas, on a aussi à cœur de voir et de faire les choses en grand.

Anna

Je ne sais donc pas si Anna sera un ratage complet, partiel, ou si enfin, avec sa casquette de réalisateur, Besson va nous faire un vrai long métrage d’action et de qualité : brutal, bien filmé, des chorégraphies au top, une histoire moins creuse que celle du gars qui a perdu son chien et des personnages au caractère trempé…

Je ne sais pas ce que sera Anna, mais j’irai le voir, car j’ai envie de soutenir ce genre de productions françaises — et sans Europa Corp, il n’y a aucune chance que Karine soit un jour adaptée au cinéma !

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