Karine Tome 1 – Extrait

Chapitre 1

Elle possédait les traits d’une star de cinéma, taillés au diamant dans un bloc de marbre rose. Ses longs cheveux châtain clair coulaient sur ses épaules et le haut de son dos, telle la crinière d’un pur-sang. Elle avait un nez fin, des joues subtilement bombées, et son menton formait presque un V, à l’arête nette. Il n’y avait pas un élément moins gracieux que l’autre dans ce visage parfait. Et bien que la jeune femme de vingt-cinq ans porte un T-shirt ample, dissimulant ses lignes, elle possédait un corps mince, athlétique et entraîné avec obsession, répondant aux mêmes exigences de qualité esthétiques que son portrait. Malgré cette apparence surréaliste, il ne s’agissait pas d’un mannequin artificiel, on pouvait s’en rendre compte à ses clignements de paupières occasionnels. La jeune femme était faite de chair.

Ses yeux ambre focalisés dans le vide, perdue dans ses pensées, Karine savourait la dernière cuillère de la tarte au citron posée sur sa table. Le goût acide et fort du fruit était soigneusement équilibré avec la meringue sucrée et onctueuse. Elle n’aurait pu dire si c’était sa pâtisserie préférée, mais dès qu’elle s’en autorisait une part, dans un petit restaurant similaire à celui-ci, elle voyageait le temps d’un dessert. Les clients autour d’elle, les bruits des couverts, les discussions et les rires ne la dérangeaient pas, elle n’entendait plus rien, elle était transportée hors de l’espace et du temps.

— Désirez-vous autre chose, mademoiselle ? demanda poliment le serveur, en allemand, la tirant brutalement de sa rêverie éphémère et l’amarrant solidement à la réalité.

Passé l’effet de surprise, elle répondit également en allemand et commanda un expresso. L’homme acquiesça et repartit en direction du bar. Karine ralluma le smartphone posé sur la table et reprit sa lecture, plus concentrée que précédemment. Elle leva tout de même la tête vers le bar duquel elle vit son serveur revenir avec la boisson chaude qu’il laissa à côté d’elle, avant de passer à un autre client. Lorsqu’elle remercia mécaniquement le garçon, Karine ne décrocha pas les yeux du comptoir. Elle regardait fixement un homme grand, la quarantaine, les cheveux grisonnants. Il était assis à ce bar. Sa taille impressionnante ainsi que sa carrure massive et imposante tranchaient avec celles des clients autour de lui. On aurait dit un boxeur dans une troupe de danseurs classiques. C’en était amusant et presque ridicule. Il fixait également Karine. Peut-être qu’elle aussi jurait avec le décor. Elle s’imagina brièvement en princesse magnifique et éthérée, flottant au milieu de la population de simples humains. Ses longs cheveux lisses et scintillants volant librement dans l’air ; une elfe prenant son café parmi les mortels. N’importe quoi ! Les yeux marron clair de Karine étaient toujours perdus dans ceux bleu acier de ce type solitaire, au visage marqué par la fatigue. Ce fut elle qui décrocha la première, retournant à l’écran de son téléphone, qu’elle consulta encore attentivement. Photo après photo, e-mail après e-mail. Tout en sirotant lentement son expresso, elle tentait de mémoriser le maximum d’informations, de lieux, de dates, de visages, de noms. Elle se doutait que la plupart de ces éléments n’allaient pas avoir la moindre importance. Elle avait juste envie d’y être déjà, de voir comment ça se présentait et de réagir sur le coup. Elle savait toutefois que ce n’était pas une très bonne façon de s’y prendre, et que pour tout entretien, il était important d’être parfaitement préparée. Aussi continua-t-elle ses révisions. Lorsque le café fut terminé, elle en demanda un second et leva les yeux en direction de l’inconnu. Il tenait désormais son téléphone à l’oreille et discutait avec quelqu’un, mais il la regardait toujours. Intimidée, elle reporta immédiatement son attention sur l’écran de son propre smartphone, qu’elle consulta encore pendant de longues minutes.

L’homme au bar buvait une bière du coin des lèvres, mais il fixait la belle jeune femme esseulée. Une silhouette mince, un visage de princesse Disney, il ne la quittait pas des yeux. Ou plutôt, il la quittait rarement des yeux. Dès qu’un bruit un peu sec retentissait — un claquement de porte, la chute d’un objet, quelqu’un s’exclamant à haute voix —, l’homme se focalisait instantanément sur la source du son. Il déterminait rapidement et avec précision le danger direct lié à l’évènement. Puis il examinait les alentours immédiats ; chaque individu, chaque posture étaient passés au crible de son regard analytique. Enfin, il vérifiait plus largement si quelqu’un d’autre dans le restaurant avait réagi à ce bruit et de quelle façon. Comment bougeaient les gens, étaient-ils saouls, se déplaçaient-ils avec une démarche hyper maîtrisée qui pourrait les trahir ? Enfin, après s’être personnellement convaincu que la situation demeurait sous contrôle, il braqua à nouveau ses yeux sur son sujet principal, portant sa chope de bière fraîche à la bouche.

Cela faisait presque un quart d’heure que Karine avait terminé son second expresso. Elle jeta un dernier coup d’œil à l’homme mystérieux. Celui-ci la regardait toujours, avec une expression grave et profonde. Karine se leva, fit un signe de main amical et un grand sourire à son serveur, occupé avec une famille à l’autre bout de la salle, puis se dirigea vers la sortie. En passant devant le bar, elle posa son portable à côté de la bière de l’homme aux yeux bleus, et accéléra subtilement le pas. Elle ouvrit la porte du restaurant, prit une grande inspiration, respira l’air chaud et sec de ce mois d’août et monta rapidement dans sa voiture de location. La jeune femme sortit son GPS de la boîte à gants et le fixa sur le pare-brise. Elle valida l’option « reprise de l’itinéraire précédent », puis repartit tranquillement en direction de l’autoroute.

Dans le restaurant, l’homme éteignit le smartphone de Karine. Il le garda quelques secondes en main, puis le glissa dans une poche intérieure de sa veste. Enfin, il ressortit son propre téléphone et composa un message : « Le chaperon rouge est en route pour mère-grand ».

~

Il n’était pas encore quinze heures lorsque Karine arriva à Brême. Après avoir déposé sa voiture à l’agence de location du centre-ville, elle sortit un ancien modèle d’iPhone de son sac à main. Un smartphone usé par les années, à la batterie un peu fatiguée. Elle lança l’application Uber qui mit une éternité à démarrer. Elle était sur le point de commander un chauffeur, quand elle se ravisa. Elle avait bien le temps de se promener au Bürgerpark, à une cinquantaine de mètres du loueur de véhicules, pour décompresser et réduire ce stress qui semblait l’étouffer de plus en plus à mesure qu’elle approchait de sa destination.

Le parc était magnifique et très fréquenté. Karine regardait ces étendues d’eau calme, ces fontaines et ces petits passages ombragés aménagés entre les arbres. Mais elle n’arrivait pas à en profiter. Elle était bien trop préoccupée. Si seulement elle pouvait se détendre, penser à autre chose. Elle observait les gens joyeux et légers qu’elle croisait. Ces familles parfaites aux enfants heureux, ces groupes d’amis aux discussions enflammées, essayant les uns et les autres de se convaincre que s’il l’avait vraiment voulu, Superman n’aurait fait qu’une bouchée de Batman, à moins que ça ne soit le contraire. Elle vit aussi ces jeunes couples allongés à l’écart de la foule, se couvrant de caresses et de baisers. Karine s’imaginait adossée sous un arbre, plongée dans un roman policier, tandis qu’un hypothétique amant assis à côté d’elle tenterait de la perturber en faufilant une main experte sous sa robe d’été légère. Les longs doigts virils de l’homme taquin embrasant sa peau, l’intérieur de ses cuisses. Elle ressentait presque le choc électrique lorsqu’ils entraient en contact avec son périnée, puis qu’ils remontaient lentement le long de ses grandes lèvres légèrement moites, jusqu’à la naissance de celles-ci…

Karine sortit de sa rêverie, elle avait finalement réussi à se détendre. Peut-être même un peu trop. Son pouls s’était accéléré, elle en avait conscience : elle avait été formée à l’autodiagnostic médical rapide. Et puis c’était évident, puisqu’elle se sentait désormais relativement excitée. Plus de stress, plus de crainte, juste un désir qu’elle souhaiterait assouvir. Et pourquoi pas avec un inconnu ? Il y avait tellement de beaux mâles autour d’elle. Elle était sûre qu’un ou deux d’entre eux se porteraient volontaires pour l’aider à éteindre cet incendie qui brûlait en elle. Elle rit intérieurement. C’était plutôt bon signe, elle entrait enfin dans la peau de son personnage.

Karine sortit son téléphone de son sac, afficha l’historique et appela le numéro figurant en haut de la liste. Après plusieurs sonneries, elle entendit une voix féminine assez âgée :

— Hallo ?

Karine répondit avec un allemand au fort accent français, mais grammaticalement correct :

— Bonjour, madame Dreher, c’est Madeleine au téléphone. Comment allez-vous ?

— Ah bonjour, Madeleine ! Je vais très bien. Et vous-même ? Êtes-vous déjà arrivée à Brême ?

— Il y a presque une heure, oui. Je me promène en ce moment au Bürgerpark, c’est tellement paisible !

— Vous avez raison, ma chère, c’est un parc magnifique. Écoutez, ma fille sera disponible dans une heure environ, mais si vous le souhaitez, vous pouvez venir un peu plus tôt. Cela nous laissera le temps de papoter ensemble.

— Bien sûr, madame Dreher, avec plaisir. Je serai chez vous dans une demi-heure, je pense.

— Merveilleux. À tout à l’heure alors.

Il était l’heure de sortir du parc et de finalement commander ce chauffeur Uber. Karine, encore légèrement émoustillée par ses envies, observa trois jeunes hommes musclés qui se faisaient des passes avec un ballon de football américain. La sueur sur leur torse nu, la fougue qu’ils mettaient dans leurs lancers… Ah, si elle avait eu plus de temps et si cela n’avait pas été d’une indécence complète, elle les aurait bien attirés quelque part à l’écart, pour jouer à un autre jeu avec ces trois-là… Elle prit une photo mentale de ces Apollons, pour plus tard. Puis elle se dirigea d’un pas décidé vers la sortie du parc.

Pendant le trajet en VTC, la jeune femme sentait que le stress la gagnait à nouveau. Elle essaya de discuter avec le chauffeur, mais celui-ci avait très peu de conversation. Le minimum de conversation, à vrai dire. Il connaissait les prédictions météo de la semaine, ainsi que les gros titres de la presse du jour, mais n’émettait pas d’avis sur leurs sujets. Néanmoins, sa voix grave était plutôt agréable. Vingt minutes après un trajet qui lui avait semblé trop long, sa voiture passa le portail ouvert d’une grande propriété. Le véhicule avança lentement dans l’allée, jusqu’à arriver sur un parking d’une trentaine de places, sur lesquelles étaient garées huit sportives haut de gamme, dont trois Porsche. Ah, ces riches… Aucune imagination ! Le chauffeur s’arrêta devant l’escalier en marbre menant à la porte d’entrée massive.

— Et voilà, mademoiselle. Puppenhaus. Je vous souhaite une bonne soirée.

Lorsque le VTC quitta la propriété privée, Karine jeta un œil à l’immense demeure. C’était ici qu’elle allait vivre pour ces prochaines semaines. C’était ici qu’elle allait prendre une autre identité et faire un nouveau métier. Elle n’allait plus être sollicitée pour les connaissances et compétences qu’elle avait eu l’occasion d’acquérir et de perfectionner ces dernières années, mais on allait la féliciter pour ses talents dans d’autres domaines. À supposer qu’elle ait ce genre de talents. Il le fallait. Le doute n’était plus permis à ce stade. Elle allait devoir se montrer exceptionnelle.

Sous la fausse identité de Madeleine Gosselin, Karine allait devenir une jeune prostituée de luxe, dans une maison close allemande, à la réputation nationale. Elle devrait alors répondre favorablement à toutes les attentes de ses clients, moyennant quelques billets. D’ailleurs, ça n’était pas clair pour elle, si elle allait pouvoir garder ces billets, ou si on allait les lui reprendre, une fois la mission terminée.

Chapitre 2

Un mois plus tôt, au Yémen.

Un homme blanc et une femme en niqab couraient à toute allure dans les rues tortueuses de la capitale, Sanaa. Le bruit résonnait sur les pavés, tandis qu’ils slalomaient au milieu de la population locale, étonnée du spectacle. L’homme au physique de rugbyman portait une veste affichant le logo « reporters sans frontières ». Il agrippait la Yéménite par le bras et lui imposait de progresser le plus vite possible. Des pleurs et gémissements se firent entendre sous la tenue noire, mais il ne s’en souciait pas, il se concentrait sur son allure, sa destination et l’avance qu’il essayait de maintenir avec ses poursuivants.

Des tirs d’AK-47 résonnèrent soudain autour d’eux. C’était la panique, la foule se dispersa dans toutes les directions. Les miliciens avaient réussi à les rattraper bien trop tôt. Ils étaient à moins de deux cents mètres derrière eux. À cette distance et à la vitesse à laquelle ils se déplaçaient, ce serait un miracle s’ils arrivaient à toucher leur cible. En revanche, il était certain qu’il allait y avoir des dommages collatéraux. A priori, les forces de l’ordre locales n’avaient que très peu de considération pour ce point, puisque les tirs continuèrent de fuser et de blesser les malchanceux. Le journaliste, lui, persistait à courir au milieu de la rue, sans chercher à se protéger, uniquement à accélérer et à éviter les obstacles. Il contourna les voitures à l’arrêt et celles qui démarraient en trombe également… bien qu’elles soient plus délicates à esquiver. L’homme sautait au-dessus de barrières de sécurité, en aidant la femme qui l’accompagnait à faire de même. Parfois, il heurtait, sans l’avoir cherché, un des idiots du village qui tentait de se positionner pour le stopper, afin de faire son devoir civique, sans doute. Et l’analogie du rugbyman fonctionnait alors à merveille… Ni ralenti ni gêné, le journaliste continuait sa route, tandis que le passant téméraire se relevait douloureusement.

Lorsque les claquements des balles devinrent des sifflements à ses oreilles, lorsque les éclats de pierre vinrent le gifler aux mollets et au visage et que les civils abasourdis qui couraient à ses côtés, fuyant cette pluie de mort, s’écroulèrent les uns après les autres, l’Européen se dit que ses poursuivants commençaient à être trop précis et qu’ils étaient peut-être beaucoup trop près. Il fonça dans une ruelle perpendiculaire à l’avenue et ordonna à la femme de continuer à avancer tout droit dans cette nouvelle direction, tandis qu’il essaierait de surprendre leurs ennemis.

La milice leur emboîtait le pas. À peine les fugitifs avaient-ils bifurqué à gauche, hors de leur champ de vision, que les hommes armés furent sur le point de fondre dans ce passage étroit comme des taureaux pendant un lâcher en ville. Ils eurent un instant de panique lorsque le journaliste réapparut juste devant eux, à l’entrée de la ruelle, un Glock 17 pointé vers eux. Tout se déroula en un éclair, mais l’étranger au pistolet eut le temps d’analyser toute la scène. Il y était entraîné, et il excellait dans ces exercices de tirs réflexes. Il n’y avait pas deux mètres entre le canon de son arme et la première vague de miliciens. Il y avait également encore quelques civils qui n’avaient pas fui assez vite, mais pour quelqu’un comme Hervé Bisac, ç’aurait été une insulte de manquer ces cibles et de toucher ces innocents. Il tira quatre balles consécutives, déplaçant précisément et rapidement son canon de quelques degrés entre chaque détonation. Il abattit les quatre premiers miliciens, chacun d’un projectile en plein visage. Tandis que les corps s’effondraient dans des gerbes écarlates, les autres hommes avaient eu le temps de se baisser au sol ou derrière les véhicules garés là. Ils positionnaient leurs fusils d’assaut contre leurs épaules. Les balles fusèrent en direction de l’étranger, qui parvint juste à se mettre à couvert contre l’angle de la rue. Il résuma brièvement la situation dans sa tête :

Il reste visiblement sept hommes armés et motivés à mes trousses ; beaucoup d’autres vont rapidement s’ajouter à ce nombre ; mon témoin est toujours en train de courir vers le Sud. Il ne faudrait pas la perdre ; le point d’extraction est à plus de huit cents mètres, vers l’Est… C’est la merde.

Tout compte fait, il avait connu des situations pires que celle-ci. Il risqua sa main à l’angle de la rue et tira encore cinq coups, dans la direction de ses assaillants, mais le canon légèrement orienté en l’air, pour éviter de blesser un malheureux. Ces tirs avaient juste pour but de lui donner quelques secondes d’avance. Les hommes se baissèrent davantage. Les balles ne touchèrent évidemment rien ni personne. La milice, immobile derrière ses protections de fortune, répliqua néanmoins, offrant à l’Européen les secondes dont il avait besoin pour entamer son sprint olympique.

Hervé courait à toute allure, pour rattraper une des silhouettes noires au loin. Après quelques instants, il la saisit par le bras. Il espérait que c’était la bonne. Surprise, la femme amorça un hurlement qu’elle contint lorsqu’elle vit qu’il s’agissait de son sauveur. Ils tournèrent à droite, descendirent des marches à toute allure, bifurquèrent à gauche à une fourche, reprirent la rue de droite et finalement parcoururent encore cinquante mètres à bout de souffle, avant de prendre à gauche. Ici, la foule ne courait plus, mais on ne pouvait pas non plus dire qu’elle était particulièrement détendue. Bien sûr que les échanges de tirs avaient résonné jusque-là. Aussi la population était-elle sur ses gardes. Mais il n’y avait pas vraiment de panique, juste une crainte globale, assez étrange. La femme ne supportait plus l’effort, elle supplia l’homme de s’arrêter, elle n’arrivait plus à respirer, ses poumons et ses muscles la brûlaient. L’Européen ralentit progressivement.

Deux rues plus loin, en marchant, il entra dans une épicerie a priori vide, traînant avec lui la civile exténuée. Il attrapa un fruit et croqua dedans à pleines dents. Le goût était amer, mais il ne s’en plaignit pas, il fallait qu’il fasse le plein d’énergie. À peine avait-il aspiré le jus du premier kiwano qu’il se rua sur un second. Le propriétaire, un vieil homme, se dirigea vers l’individu mal élevé qui saccageait son stand alimentaire. Il lui exprima un certain mécontentement. Il n’eut pas le temps de terminer sa phrase qu’Hervé lui asséna un coup sec à la carotide, qui le fit s’écrouler en arrière et tousser pendant quelques instants. Puis, le reporter sans frontières s’assit derrière sa victime et lui serra le cou pour l’étourdir et le plonger dans une sorte de sommeil. Encore un truc qu’il avait appris à faire et qui se révélait pratique lors de ses voyages autour du monde.

— Vous n’êtes pas du tout journaliste, n’est-ce pas ? lui demanda la femme, choquée.

— Pas vraiment, non. À bien y réfléchir, ça n’aurait pas été un mauvais choix de carrière. Je me demande s’il est trop tard pour une reconversion.

Le regard bleu clair de l’homme viril hypnotisait son interlocutrice.

— Comment vous appelez-vous ? Qui êtes-vous réellement ?

— Je me prénomme Hervé. Quant à qui je suis, nous en reparlerons plus tard, si vous le voulez bien, Dawiya.

Cela faisait dix minutes qu’Hervé et Dawiya étaient cachés dans l’arrière-boutique d’un épicier probablement respectable. Ce dernier dormait, ligoté sur une chaise à côté d’eux. Comme il n’allait pas appeler au secours dans l’immédiat, il était temps pour les intrus de penser à trouver de nouveaux vêtements, pour avoir une chance de s’enfuir rapidement.

Partagée entre la crainte de quitter son sauveur et sa grande pudeur, Dawiya laissa néanmoins tomber son niqab sur le sol. Se dévoila alors une femme d’une quarantaine d’années, au visage et au corps magnifiques et parfaitement entretenus. Sa peau couleur café scintillait de sueur. Elle portait une paire de bas noirs, ainsi qu’un porte-jarretelles assorti. Son soutien-gorge et sa culotte en soie turquoise contrastaient superbement et soulignaient idéalement ses courbes sculpturales. Tandis qu’elle cherchait une autre tenue à se mettre, pour évoluer discrètement dans la foule, elle remarqua le regard ébahi du Français sur elle. Sans se cacher, ne voulant pas se montrer faible devant cet irrespectueux personnage, elle tourna lentement la tête vers lui, le fixant avec une expression sombre, et demanda :

— Excusez-moi, mais pourrais-je me changer sans que vous me reluquiez ?

— Hum… Oui, pardon. Bien sûr… C’est juste que, comment dire…

— C’est juste que ? répéta Dawiya, en attente de la fin de la phrase.

— J’ai été surpris, c’est tout. Sous cet habit noir et informe se cachait une femme si somptueuse. Rien de plus. Vous m’avez juste pris par surprise !

— Cela me met mal à l’aise. Cessez de me regarder ainsi, s’il vous plaît.

— Bien entendu, répondit Hervé. Je vous laisse tranquille, et je vais monter la garde. Désolé si je vous ai dérangée. Tout de même… Vous… Lorsque mon ex-femme aura récupéré toutes ses affaires, il faudrait que je vous invite à venir boire un thé à la maison. Un de ces jours, fit l’homme qui cherchait à détendre l’atmosphère.

— Vous êtes sérieux ? demanda Dawiya dont la stupéfaction lui faisait presque oublier sa gêne.

— Oui, non, enfin ne vous prenez pas la tête. Je sais, ce n’est pas le bon moment pour ce genre de discussion. Nous en reparlerons plus tard ! Allez, je vous laisse vous habiller.

Hervé retourna à sa préoccupation principale. Ils n’étaient pas sortis d’affaire, et les informations que pourrait lui procurer Dawiya étaient de première importance. Grâce à ce que savait cette femme, épouse esclave d’un tyran de la région, les services secrets français parviendraient peut-être à infiltrer Daesh. C’était tout de même dommage que l’extraction de Dawiya ait également signifié que son mari allait quitter la ville, à moins qu’il ne soit déjà parti. De plus, les activités de l’État Islamique dans les parages allaient fortement diminuer, jusqu’à devenir déconnectées du réseau.

L’agent secret français changea aussi ses vêtements de reporter pour une tenue plus locale, empruntée au vieil homme qui les avait hébergés contre son gré. Un pantalon trop large, une chemise beige idiote et trop large, un gilet gris vraisemblablement taillé par un manchot, et un turban rouge et blanc plutôt correct sur la tête.

— OK, princesse, sommes-nous prêts ? J’ai revérifié l’itinéraire… Encore sept cents mètres jusqu’au point de rendez-vous. Nous pouvons peut-être même y arriver sans nous faire repérer. Enfin, j’aime bien aussi l’option « défilé de lingerie », mais on risque de se faire remarquer assez rapidement.

La femme ne répondit pas. Elle était abasourdie de constater à quel point cet individu pouvait prendre la situation à la légère. Ils avaient tous les deux de bonnes chances d’être capturés et de subir des tortures affreuses avant de se faire exécuter, mais le Français paraissait détendu. Par ailleurs, Dawiya était très attachée à ses traditions et pratiques musulmanes. Le fait d’avoir dû se montrer dans une telle tenue, à un autre homme que son mari, était très gênant. Elle comprenait bien que son sauveur essayait de dédramatiser la situation, mais ça n’était vraiment pas le moment. Dawiya enfila une grande robe noire qu’elle venait de trouver dans un coin de la remise, puis un hijab de motifs rouges et jaunes pour masquer son visage et recouvrir sa longue et superbe chevelure d’ébène.

Lorsqu’ils sortirent de l’arrière-boutique, ils aperçurent le canon d’un fusil entrer lentement dans le magasin. Dawiya faillit paniquer, mais Hervé savait comment réagir. Il la saisit par le bras et la ramena en arrière, laissant la porte de la remise ouverte.

Le milicien chargé de vérifier ce commerce progressait avec précaution. Il n’y avait personne, ce qui n’était pas tellement choquant, mais en revanche il se demandait où pouvait bien être le propriétaire. Puis, il entendit des halètements et quelques gémissements étouffés, en provenance de l’arrière du magasin. Il s’y dirigea, à pas de velours. Lorsqu’il fut sur le seuil, il vit une magnifique femme en sous-vêtements bleus et noirs, dos à lui. Elle était assise sur un vieillard, lui-même installé sur une simple chaise. Elle ondulait son corps sur l’homme âgé, soupirant à chaque pénétration. Elle avait le visage plongé vers la tête de son partenaire, les mains agrippées au dossier de la chaise, et bougeait son bassin de haut en bas, d’avant en arrière, dans des mouvements fluides et agiles qui auraient rendu jaloux ce démon que les Occidentaux appellent Shakira, et dont Majid avait vu un ou deux clips par hasard sur Internet. Aucun des deux amants ne s’était rendu compte de sa présence. La scène était dérangeante, mais également et surtout, très excitante. Ce vieillard était en train de passer du bon temps avec une femme mûre, certes, mais encore suffisamment jeune pour faire se dresser tous les hommes de la Terre. Quel chanceux bonhomme ! Mais, alors qu’il avançait lentement vers eux, Majid se demandait pourquoi le vieillard ne bougeait pas. Pourquoi n’émettait-il aucun bruit ? Et cette culotte turquoise que portait cette sirène, pourquoi rien n’y entrait ni n’en sortait ? Que se passait-il ici ?

Hervé surgit de son angle mort et, à l’aide de son long couteau de combat, il perfora en un éclair la trachée et chacun des poumons du milicien, tandis qu’il agrippait sa main droite pour l’empêcher de presser la détente de son fusil automatique. L’homme tomba lentement, retenu dans sa chute par son assassin, qui l’accompagna dans son mouvement. Il voulait crier, mais l’air qu’il expirait sortait en fontaines écarlates par ses plaies béantes. Il entendait la femme insulter son meurtrier, en chuchotant. Elle lui reprochait de l’avoir une fois de plus humiliée. Majid n’émettait plus le moindre bruit, même ses gargouillis s’étaient tus. Il se noyait rapidement dans son sang chaud au goût ferreux. Il vit juste ce magnifique ange bleu descendre de la chaise sur laquelle était ligoté un vieillard inconscient. Elle s’essuya la bouche, dégoûtée par ce qu’elle venait de faire. En colère, elle ramassa la tenue noire qui traînait par terre. Tout était désormais tellement flou, il ne faisait plus ni chaud ni froid, la douleur s’était éteinte, et ses facultés cognitives diminuaient rapidement. Majid se sentit bien, une toute dernière fois.

Chapitre 3

Karine monta les quelques marches qui la menèrent à l’entrée du manoir. Elle frappa à la porte et une jeune femme de son âge vint lui ouvrir. Elle portait un uniforme rouge sexy, affichant un large décolleté, une minijupe très courte et des bas résille noirs. Sur le haut de l’ensemble, était cousu en lettres noires calligraphiées : « Goldie ». Il s’agissait sans doute de son pseudonyme, en référence à sa chevelure ondulée, d’un blond vénitien presque doré. Perchée sur ses talons impressionnants, elle invita la jeune femme à entrer, en lui lançant sur un ton amical :

— Bienvenue à Puppenhaus !

Madeleine ne se fit pas prier et entra. Elle expliqua avoir rendez-vous avec la propriétaire. Ainsi, plutôt que d’être conduite dans le hall d’attente où les visiteurs patientaient dans des boxes individuels, pourvus de confortables fauteuils, de télévisions et d’un large éventail de vidéos maison, Goldie emmena directement la jeune Madeleine au troisième étage, dont l’accès était réservé à la direction de l’établissement. En montant l’escalier derrière la ravissante hôtesse, Karine remarqua que l’uniforme ne comprenait visiblement pas de sous-vêtement. Sous la jupe très courte de Goldie, qui avait deux ou trois marches d’avance sur elle, la nouvelle avait une vue parfaite sur l’entrejambe de son accompagnatrice aux cheveux d’or. Goldie frappa deux fois à la porte du salon, l’ouvrit lentement et laissa entrer seule la belle visiteuse.

La jeune Française en jeans et T-shirt pénétra dans une pièce élégamment décorée. Les murs étaient ornés de somptueuses peintures. À une trentaine de centimètres d’un mur, entourée de divans, se tenait fièrement une immense sculpture de jeune femme en métal brun précieux. Les meubles n’étaient autres que de magnifiques boiseries. Où que se posaient ses yeux, Karine constata que l’endroit était d’un raffinement à couper le souffle. Elle comprit immédiatement que sa tenue décontractée, très moderne et pas du tout féminine, tranchait avec l’ambiance, mais elle espérait qu’on ne lui en tiendrait pas trop rigueur. Après tout, en dehors de ce superbe établissement, c’était le monde réel. Et celui-ci était régi par des codes vestimentaires et une tendance très différents de Puppenhaus. En écoutant la mélodie de piano et de violon qui résonnait à faible volume, Karine distinguait nettement le second mouvement, Air de l’ouverture no3 de Johann Sébastien Bach. Cette mélodie profonde, triste, stridente, apportait la touche finale de caricature à ce lieu éblouissant et merveilleux.

— Bonjour Madeleine !

Emma Dreher, la sexagénaire, propriétaire de Puppenhaus, était entrée par une porte de l’autre côté du salon. Elle était élégante et portait une longue et superbe robe blanche et jaune pâle. Son visage parfaitement maquillé ne la faisait pas vraiment passer pour quelqu’un de beaucoup plus jeune, mais elle irradiait véritablement la bonté et était ainsi resplendissante. Karine se replongea dans son personnage, qu’elle ne quitterait désormais plus. Elle était Madeleine Gosselin, étudiante en sciences sociales, qui en avait eu assez de chercher du boulot inintéressant et mal payé à Paris. Et puisque la jeune chômeuse avait toujours été sexuellement curieuse et assez ouverte, elle avait décidé qu’elle pourrait faire un peu d’argent en exploitant cet attrait pour les plaisirs de la chair.

La partie facile à interpréter pour Karine était cet appétit lubrique qui la définissait réellement. Cette facette du personnage de Madeleine correspondait également avec sa vraie personnalité. Jusqu’ici, cela avait plutôt eu tendance à lui causer des problèmes, il était temps qu’elle puisse l’utiliser comme un atout.

— Bonjour madame Dreher, lui répondit-elle, chaleureusement. Je suis tellement heureuse d’être enfin arrivée !

— Le voyage a été si long et si difficile que cela ? demanda la vieille dame, surprise.

— La route a été très calme et tout s’est bien passé. Le trajet dans mon esprit a été légèrement plus compliqué, je dois vous l’avouer, répondit Madeleine, un peu gênée.

Compréhensive, la propriétaire lui expliqua qu’elle était ravie de la voir enfin. Les photos et vidéos érotiques et pornographiques que Madeleine avait réalisés d’elle-même puis envoyés à Puppenhaus lui ont permis à elle et à la directrice de l’établissement d’être rassurées sur la qualité du physique et des performances que pouvait délivrer cette nouvelle recrue. Le clip où elle se faisait passer pour une animatrice de show culinaire, présentant une « recette de cuisine » avec l’aide d’un tout jeune apprenti, extrêmement maladroit, avait été un bonheur d’érotisme et d’humour. En revanche, redevenant plus sérieuse, Emma expliqua que beaucoup de femmes renonçaient avant d’avoir franchi la porte. Elle était ravie que Madeleine ne soit pas de celles-ci, qui se dégonflent et préfèrent rester à leur vie insipide, au lieu de vivre l’aventure exaltante que leur propose cette « maison de poupées ».

La fin du discours était très commerciale, mais intelligemment précédée d’un commentaire plaisant sur une de ses vidéos. Le personnage de Madeleine était une jeune femme à l’esprit peu aguerri et facilement manipulable, aussi avait-elle bu ses paroles avec une excitation renouvelée.

En même temps que son thé, Madame Dreher apporta à Madeleine une tenue qui avait été confectionnée sur-mesure, à partir des mensurations que lui avait transmises la jeune femme. Il s’agissait d’un uniforme rouge, identique à celui que portait Goldie à l’entrée. Elle lui dit de l’essayer sur-le-champ, pour le vérifier.

Madeleine était sur le point de demander où elle pouvait se changer, mais elle remarqua que les yeux de la vieille dame brillaient d’impatience de voir cette jeune chair se dévoiler intégralement… Elle sourit tendrement et commença à se déshabiller, de façon légèrement jouée, offrant ainsi son premier strip-tease.

— Alors, Madeleine. Comment souhaites-tu t’appeler, ici ? Tu ne peux pas garder ton vrai prénom, il te faut un nom de scène. Y as-tu réfléchi ?

La vieille femme fixait les seins rebondis et les tétons pointus de sa nouvelle protégée. Sa peau était si douce. Qu’elle était belle, cette jeune fille ; qu’elle illustrait magnifiquement la musique de Bach !

Madeleine scruta le plafond un instant, puis proposa :

— Peut-être Peach. Qu’en pensez-vous ?

Madame Dreher avait les yeux désormais rivés sur le pubis parfaitement rasé, puis l’entrejambe de Madeleine. Elle admirait les grandes lèvres au relief subtil de son sexe si jeune et légèrement luisant de désir. Madeleine enfilait lentement ses nouveaux bas, écartant volontairement les jambes et offrant le meilleur angle de vision possible à son aînée. Cette dernière se régalait vraiment. Puis elle leva les yeux vers ceux orangés de sa jolie nouvelle et lui demanda :

— Et pourquoi pas Amber ? En rappel à ton sublime regard couleur ambre !

— Comme vous le voudrez, Madame, lui répondit amicalement Madeleine.

— Très bien, ce sera Amber alors.

Elle la scruta de la tête aux pieds, cette ravissante jeune femme allait lui permettre de fidéliser encore davantage de clients, elle en était sûre. Lorsque Madeleine fut intégralement habillée, provocatrice et divinement sexy, Emma Dreher lui ôta sa veste-corset, non sans effleurer le bout de ses seins et lui dit :

— Attends-moi ici Amber, je vais faire coudre ton nom sur ton uniforme. Je reviens dans quelques minutes.

Madeleine, à moitié nue, se rapprocha de la grande fenêtre, laissant ses mains caresser le velours des chaises, le bois verni parfaitement lisse du buffet et le marbre froid des bustes. Elle contempla l’allée qui menait à la propriété. Une Porsche était justement en train de partir, son conducteur se sentant sûrement plus léger que lorsqu’il était arrivé. De part et d’autre de ce chemin courbé, il y avait des jardins parfaitement entretenus, bordés de thuyas hauts, taillés avec soin. Tout respirait la perfection dans ce lieu et cela plaisait à la jeune femme. Elle leva ensuite un peu le regard, par-delà la propriété. Les autres demeures environnantes n’avaient pas grand-chose à envier au luxe extérieur de Puppenhaus. Les maisons étaient toutes belles et hautes, de superbes démonstrations de richesse et de réussite sociale. Au-dessus de toute cette opulence, le ciel de ce début d’août aussi se donnait du mal pour tendre vers la perfection. Il n’y avait pas le moindre nuage et sa teinte bleu vif, uniforme, était irréelle. L’ambiance était paisible. À environ deux cents mètres au-delà de la propriété, la jeune femme qui avait une vue de rapace, crut apercevoir à la fenêtre d’une belle résidence, un homme pointant un téléobjectif vers elle et sa poitrine nue. Amusée de la situation et essayant d’entrer davantage dans son rôle, elle en joua. Elle caressa et massa fermement ses globes, de ses deux mains, espérant retrouver ainsi un peu de la confiance en elle qu’elle avait senti s’échapper depuis qu’elle avait mis les pieds dans cette impressionnante propriété. Après s’être assurée d’avoir fait de l’effet à son petit voyeur, elle fit discrètement un signe « OK » avec son pouce, suivi d’un clin d’œil. Puis, elle reprit son exploration du salon, examinant les peintures et objets d’art. Sur les meubles anciens étaient posés de magnifiques bustes en marbre blanc, représentant tour à tour des philosophes, des artistes et de grands politiciens.

Cela faisait vingt minutes que Madeleine attendait seule dans le bureau, le retour de Madame Dreher. Elle se remémorait sa visite dans le parc, ces trois beaux hommes qui lui avaient donné des envies de désertion, pour un bref moment de plaisir. Son petit jeu à la fenêtre avait également réveillé ses sens. La Française se dirigea vers la statue en bronze de presque un mètre soixante, qui la fascinait depuis qu’elle était entrée dans ce salon. Il s’agissait d’une reproduction de jeune femme, en taille réelle. Une magnifique muse au regard perçant, qui se dressait, droite et fière. Elle ne portait qu’une étole qu’elle plaquait contre son cou d’une main et maintenait contre sa hanche, de l’autre main. Ce tissu masquant tout juste sa poitrine et descendant un peu plus bas que son entrejambe. Madeleine était subjuguée par cette œuvre si précise, si riche. Le drap de bronze paraissait si léger. Elle se baissa pour l’observer de plus près, constata que l’arrière de la statue avait été modelé avec le même souci du détail. Les fesses rebondies, les lignes du dos, de la colonne vertébrale et des omoplates. Elle passa la main sur cette peau douce, métallique et froide, mais au relief si féminin. Lorsqu’elle parcourait la courbe des fesses, elle sentait son bas ventre se réchauffer davantage. Puis elle remonta le long du dos de la jeune femme, faisant glisser sa paume contre ses muscles lombaires tendus et forts, tandis que ses doigts suivaient le subtil sillon de sa colonne vertébrale.

— Je vois que vous avez rencontré Minnie, plaisanta celle qui venait d’entrer dans le bureau !

Madeleine se retourna brusquement, un peu gênée, mais souriante. Tant pis, ce sera encore pour plus tard, se dit-elle. La femme d’une quarantaine d’années portait un élégant costume noir trois-pièces. Elle fit la bise à Madeleine, puis reprit la parole :

— Bonjour Madeleine, je suis Stéphanie, la fille d’Emma Dreher. C’est moi qui suis la directrice de cet établissement. Comme je te le disais, cette statue censée représenter ma mère à son heure de gloire a été réalisée il y a environ un an, en utilisant pour modèle Minnie, l’une de nos prestataires.

— Ah, OK, je comprends. Elle est vraiment superbe, répondit la jeune femme avec la plus grande sincérité.

— Je te souhaite la bienvenue parmi nous. Tu seras traitée avec beaucoup de respect, je te présenterai tout à l’heure, à tes nouvelles collègues et colocataires.

— Merci. C’est un réel plaisir d’être dans cette maison de luxe. Et pour tout vous avouer, je me sens un peu nerveuse, mais également impatiente…

Stéphanie sourit en voyant cette jolie jeune femme si motivée. Mais elle lui annonça qu’elle n’allait pas commencer tout de suite. Il lui faudrait patienter encore un jour ou deux. Pour sa première soirée dans l’établissement, elle allait être chargée d’accueillir les clients, les guider jusqu’aux salons d’attente, puis jusqu’à leurs chambres.

La directrice expliquait les détails administratifs et contractuels à Madeleine. Notamment le fait que Puppenhaus n’était pas responsable des accidents ou maladies que risquait de contracter la jeune femme, aussi était-il important qu’elle prenne ses précautions. Elle serait testée hebdomadairement pour les maladies sexuellement transmissibles. Elle pouvait également décider de partir dès qu’elle le souhaitait, son statut de travailleuse indépendante lui assurant une liberté totale. Enfin, Stéphanie et sa mère n’étaient-elles pas ses patronnes, mais des dirigeantes d’une société qui faisaient appel aux services de mademoiselle Madeleine Gosselin. Pendant que Stéphanie passait en revue les détails des tarifs et de la facturation avec Madeleine et que celle-ci signait différents documents, Emma Dreher entra dans le bureau avec la veste rouge de la jeune femme, portant désormais une inscription noire, cursive et féminine : « Amber ». La nouvelle enfila la pièce de vêtement qui vint modeler ses seins en deux beaux ballons prêts à jaillir.

— Un dernier détail, Madeleine… Ou plutôt, Amber, à présent. Notre maison est une institution respectée et respectable. Nos services sont VIP, aussi peuvent-ils être parfois un peu extravagants, tu t’en rendras compte. En revanche, nous ne cautionnons rien d’illégal.

— Non, bien sûr. Je le sais bien ! répondit immédiatement Amber.

— Ainsi, si un jour, tu te sens faible, que tu as un manque d’énergie ou de motivation, mais que tu as un rendez-vous à assurer tout de même, nous préférons vraiment que tu reportes ce rendez-vous ou que tu le proposes à une de tes collègues.

— Très bien.

— Je te dis ça et j’insiste. Il est arrivé par le passé que certaines de nos prestataires utilisent des drogues telles que de l’ecstasy, des poppers et du GHB. Dès que nous en avons eu connaissance, nous avons immédiatement rompu nos contrats avec ces filles. Il n’y a ni substance illicite ni comportement illégal dans notre maison.

— Pas de problèmes, je vous assure. Je partage tout à fait votre point de vue et je ne consommerai aucune drogue, c’est promis.

— Parfait alors ! Fit Stéphanie, rayonnante. Tu verras, nous allons veiller sur toi comme le fait une famille. Nous t’aiderons autant que nous le pouvons ; ma mère, moi-même et toutes tes collègues.

— Merci, je suis vraiment touchée et rassurée, lui répondit Amber.

— Maintenant, si tu le veux bien, tu vas pouvoir commencer. S’il te plaît, peux-tu rejoindre Goldie à l’accueil ? Elle te briefera rapidement, puis tu prendras sa place, tandis qu’elle s’occupera de ses clients.

Amber remercia encore les deux femmes, ressortit du salon et se dirigea vers le rez-de-chaussée, parfaitement campée dans son rôle de prostituée de luxe, dans cette superbe maison close allemande.

À suivre…

Il ne s’agit ici que des trois premiers chapitres. Le livre complet sortira le 26 septembre, mais il est déjà disponible sur ce site : Visiter la page de la boutique. Voici les liens vers les principaux points de vente :

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